May 29, 2012

Le bonnet de bébé à travers les âges

Voici mon deuxième billet sur les chapeaux de bébé. Le premier traitait de l'importance de couvrir la tête d'un bébé en tout temps. Bien que ce concept soit rarement appliqué à la lettre de nos jours, c'était la norme jusqu'au début du vingtième siècle. Depuis des centaines d'années, couvrir la tête d'un bébé était un automatisme. Vous connaissez maintenant mon intérêt pour l'histoire. J'ai donc voulu profiter du thème pour découvrir le pourquoi et le comment de la chose. Quelles étaient les raisons données à l'époque pour garder la tête des bébé couverte? Quels genres de chapeaux ou de coiffes les bébés portaient-t-ils et pourquoi?

Un médecin grec de l'Antiquité du nom de Soranos D'Éphèse, explique dans son traité de gynécologie intitulé ''Des maladies des femmes'' Les premiers soins à donner au nouveau-né. Il explique comment procéder à l'emmaillotement, et conseille de recouvrir la tête du nouveau-né par un enroulement de tissu afin de protéger la fontanelle.

Au Moyen-Âge, le bonnet existait, mais une façon particulière d'emmailloter l'enfant et permettant de recouvrir la tête en même temps est très utile, surtout pour ceux n'ayant pas les moyens de se procurer des bonnets. Comme l'explique si bien Danièle Alexandre-Bidon, dans son étude des vêtements de la prime enfance: «Pour vêtir l'enfant, on replie sur lui la fine toile blanche, puis le drap, pan gauche par-dessus le pan droit... La tête, enfin, est drapée dans le plus fin des langes, celui placé à même le corps et il faut ménager toute une série de plissés sous le menton pour que tienne convenablement cette capuche improvisée. La pratique présente un double avantage : outre qu'elle dispense de l'achat d'un bonnet, le cou comme la poitrine sont ainsi bien calfeutrés» L'image ci-dessous illustre bien la technique:

On croyait aussi que le fait de bien serrer les oreilles de l'enfant dans la calotte empêcherait les oreilles de se décoller

On a aussi très longtemps attribué au bonnet de baptême, imprégné du saint-chrême et considéré comme sacré, un pouvoir protecteur. Ce bonnet, souvent orné d'une petite croix brodée, était mis sur la tête après l'onction du saint-chrême et se nomme chrémeau. 
Cette enfant est Madame Sophie-Béatrice de France, dernier enfant de Marie-Antoinette, qui est malheureusement décédée à l'âge de 11 mois. Cette toile la représente attifée d'un joli bonnet et d'une robe assortie, probablement en soie et en dentelle,  puisque c'était une enfant de la noblesse. 

En plus de protéger la tête du bébé du froid et de protéger les fontanelles, le bonnet de bébé, souvent fait de lin, de soie ou de coton, et parfois orné de broderies et de dentelle,  a aussi longtemps signifié la position sociale de la famille, par les tissus utilisés et par ses ornements. 
L'une des croyances et des raisons d'utiliser le bonnet qui a complètement disparu aujourd'hui est par rapport à la crasse. On a longtemps attribué à la crasse toutes sortes de vertus. Par exemple, on croyait que la croûte de crasse qui se formait sur la tête des nouveaux-nés protégeait les fontanelles. Les poux ont aussi longtemps été considérés comme bénéfiques aux petits enfants, car ils étaient supposés les soulager de leurs humeurs viciées. Je suppose donc qu'on attribuait  au bonnet le rôle de bien garder la crasse et les poux à l'intérieur. Le scalp des petits enfants ne devait pas non plus être très beau à voir, alors le bonnet venait enjoliver le tout. 
Juste pour le plaisir, pour vous donner une idée de l'hygiène des petits à l'époque: Le Dauphin de France, le futur Louis XIII, né en 1601, a n'a pris son premier bain qu'à l'âge de sept ans. à six semaines on lui a frotté la tête, à deux mois on lui a lavé le visage avec du beurre frais et de l'huile d'amande douce, et on ne l'a peigné pour la première fois qu'autour de son premier anniversaire, parce que sa tête lui démangeait trop. Ce n'est seulement qu'à la fin du XVIIIème siècle qu'on commence à comprendre l'importance de l'hygiène enfantine et à laver régulièrement les enfants (dans les classes aisées), grâce à l'Émile de Jean-Jacques Rousseau.

Une variante du bonnet, qui a complètement disparu aujourd'hui s'appelle le bourrelet. Ce type de bonnet d'enfant, fait de tissu rembourré et parfois même de caoutchouc, était porté par des bébés en âge de se déplacer et pendant leur apprentissage de la marche, afin d'amortir les chocs au crâne lors de chutes. Les bourrelets ont complètement disparu au cours du XIXème siècle.  
                             
                 
À gauche, un bourelet en satin de soie rebrodé et rembourré de carton, XVIIIème siècle, et à droite, un enfant en bourrelet et lisière, tenu par sa gouvernante, vers 1780. 

                  
À gauche, un bourrelet en cuire rembourré avec des rubans en soie, datant de 1820-1825 et en provenance de l'Amérique. À droite un bébé dans sa poussette portant un bourrelet. Date inconnue, mais probablement durant la deuxième moitié du XIXème siècle, selon le style de vêtement et de poussette. Les deux images ci-dessus sont tirées du blog Les petites mains

La jeune reine Victoria avec deux de ses neuf enfants, vers 1845 (mon estimation). Remarquez le joli bonnet du bébé avec la petite fleur de tissu qui s'agence avec la bande de la robe. 

Règle générale, jusqu'au début du vingtième siècle, les filles et les garçons étaient habillés de la même façon, c'est-à-dire en robe et en bonnet jusqu'à l'âge de deux ans environ. Les garçons quittaient alors la robe pour une tenue légèrement plus masculine (souvent une tunique ou une robe de coupe différente) et quitteront le bonnet entre deux et cinq ans, ça dépend des époques. Les fillettes quittaient habituellement le bonnet d'enfant lors de leur première communion pour une sorte de bonnet un peu différent appelée coiffe. Chaque époque avait des normes un peu différentes par rapport à l'âge ou l'on quittait le bonnet et au type de chapeau après, mais ça se ressemble beaucoup. Parfois même, les femmes portaient un bonnet tout au long de leur vie, seuls les modèles variaient.  

Un grand soin et une grande minutie était apporté aux bonnets de bébé et d'enfants, surtout lorsqu'il s'agissait de riches ou de nobles. Voici, pour le plaisir, quelques exemples de bonnets de bébé d'époque.

                 
Bonnet de soie brodé au fil d'or, France, XVIIIème siècle


Bonnet du roi de Rome, début du XIXème siècle

Bonnet du roi de Rome, début du XIXème siècle


Bonnet de garçon, date inconnue

Bonnet de garçon, date inconnue

Bonnet d'enfant, date inconnue

Les bonnets d'enfants et les coiffent suivaient aussi la mode, alors si la mode était au grands chapeaux ornementés, les bonnets pour bébés suivaient le mouvement. Voici, pour terminer,  une photo rigolote qui illustre bien la chose:



À la prochaine!

sources:
Google images



May 27, 2012

Mon premier accompagnement

Ça y est, je suis maintenant une vraie Doula! La semaine dernière, j'ai complété mon stage pratique d'accompagnante. Pour des raisons de respect de la vie privée de ma cliente, je ne vais divulguer ni nom, ni lieu, ni heure. L'idée de ce billet n'est pas de raconter un accouchement, mais plutôt de parler de ma version des choses.

Ma cliente ayant déjà commencé à contracter aux alentours de 38 semaines, et étant déjà assez avancée dans sa dilatation, j'ai été de garde pendant près de trois semaines. Un belle leçon de patience pour moi, car je suis de nature un peu impatiente. Mais un beau soir, finalement, je reçois un coup de téléphone m'annonçant que le travail est commencé et qu'il est temps de se rendre à l'hôpital. De plus, avant l'événement,  j'avais un peu peur d'être trop surexcitée ou stressée à l'idée de vivre mon premier accompagnement. À ma grande et belle surprise, j'étais d'une "zénitude" et d'un calme total, et j'ai pu me concentrer sur mon travail et être une présence rassurante et calmante pour ma cliente.

Durant le travail, qui a duré toute la nuit, j'ai pu mettre en pratique mes apprentissages théoriques pour soulager la douleur. On a utilisé le ballon, le bain, des suspensions, des massages, ainsi que l'amour et la présence du conjoint. La partie du travail que j'ai trouvée un peu plus difficile a été les moments ou ma cliente n'avait pas besoin de moi. Pendant de longues périodes, elle ne voulait que son conjoint et rien d'autre. Les longues minutes à attendre dans la pièce d'à-côté qu'elle m'appelle ou que quelque chose se passe ont été un peu pénibles pour moi qui aime être dans le feu de l'action. Je me disais '' c'est ridicule, je suis en stage et je ne fais rien!!''. Avec le recul, c'est vrai que d'apprendre à être là quand c'est nécessaire, à se retirer quand c'est le moment et à respecter le besoin d'intimité du couple, ça fait partie du travail d'une doula. Une belle leçon pour moi. Il y a aussi des moments, surtout vers la fin, où on travaillait en équipe, elle, moi et le conjoint. Elle s'accrochait à lui, je faisait des pressions dans son dos ou des massages. Là je me sentais utile, et j'aimais bien qu'on soit une équipe.

Cet accouchement s'est déroulé de façon complètement naturelle. Ma cliente était d'un grand calme tout au long du processus, et elle souriait entre les contractions presque jusqu'à la fin. C'est sûr qu'elle était épuisée à la fin, et les contractions avaient l'air douloureuses, mais elle n'a pas eu l'air de douter un seul instant de ses capacités, Il y a même des petits bouts ou elle s'est endormie brièvement! Elle avait l'air tellement bien, c'était beau à voir. Comme la rencontre post-natale n'a pas encore eu lieu, je n'ai pas eu sa version des choses, mais c'est ainsi que je l'ai perçue.

J'ai aussi été agréablement surprise par les infirmières, car je m'attendait au pire. Elles ont été vraiment très gentilles avec moi, ont respecté les désirs du couple que j'accompagnais, m'ont laissé faire mon travail sans intervenir, et elles ne venaient que lorsqu'on les appelait ou lorsqu'il était temps pour le monitoring. Elle ont aussi été étonnamment assez flexibles avec le monitoring. Par exemple, si ma cliente était dans le bain, les infirmières attendaient qu'elle ait fini et revenaient plus tard pour la brancher au lieu de lui demander de sortir tout de suite.

La seule partie qui m'a frustrée est par rapport au médecin qui est venu pour la sortie du bébé. Encore, je ne vais pas mentionner son nom, ni l'hôpital où cela s'est déroulé, mais je tiens à parler de mon expérience parce que ce genre de situation est possible, et pour que les autres doulas, et les futurs parents qui se préparent à accoucher en milieu hospitalier soient au courant et soient préparés. Je suis aussi consciente que ce n'est pas tous les obstétriciens qui pratiquent comme ça, et qu'il y en a beaucoup qui sont vraiment bien.

Donc voilà, je vous partage ma petite frustration par rapport au médecin. Alors en premier lieu, il faut savoir que ma cliente avait refusé la piqûre de pitocin à la sortie du bébé pour lui permettre d'avoir son pic d'ocytocine naturelle et d'avoir le meilleur premier contact possible avec son bébé. Lorsque le médecin est arrivé, pendant le couronnement de la tête du bébé, il s'est mis à parler à ma cliente et lui dire: « Alors comme ça vous ne voulez pas votre piqûre? Vous savez madame, cette piqûre c'est une mesure de santé publique, ça évite l'hémorragie. Vous savez combien de femmes meurent d'hémorragie post-partum à chaque année? C'est ce qui cause le plus de mort chez les femmes. L'OMS recommande l'administration de cette piqûre, etc, etc, etc.». Et rappelez vous, tout ça pendant que ma cliente épuisée poussait. J'ai rappelé doucement au médecin qu'elle voulait son pic d'ocytocine naturelle, et j'ai dit à ma cliente que la décision finale lui appartenait. Le médecin s'est aussi impatienté un peu et a demandé à ma cliente de pousser entre deux contractions. Lorsque la contraction suivante est arrivée, ma cliente était incapable de cesser de pousser et paniquait un peu. Le médecin s'est ensuite mis à lui dire «Arrêtez de pousser madame, vous allez déchirer, vous allez déchirer!!».
Ensuite, vous savez maintenant à quel point la cause de la coupe hâtive du cordon me tient à coeur. Mes clients étant d'accord avec moi sur ce point, ils avaient exigé d'attendre que le cordon ait cessé de battre avant de le couper. Une minute à peine après la naissance, le médecin, qui avait gardé ses doigts sur le cordon depuis la sortie du bébé, décide qu'il ne bat plus et qu'il est temps de le couper. Pourtant, on voyait encore clairement qu'il restait du sang à l'intérieur. Je lui ai dit du mieux que j'ai pu qu'on pouvait attendre encore un peu, qu'il restait du sang, on voyait très bien le bleu dans le cordon. Le médecin a continué d'insister, je ne savais plus trop quoi lui dire sans m'énerver,  et finalement le papa  a accepté de le couper. Évidemment, au moment où le cordon a été sectionné, un mini jet de sang s'en est échappé...

Mis à part cet épisode un peu frustrant avec le médecin, je suis vraiment heureuse du déroulement de ma première expérience en tant que doula qui marque, je l'espère, le début d'une belle et longue carrière en accompagnement à la naissance. Ce fut vraiment une très belle expérience pour moi et je remercie de tout coeur ce couple de m'avoir permis de vivre ça avec eux. J'espère qu'ils sont aussi ravis de leur expérience que moi.

À la prochaine!

May 23, 2012

Pourquoi est-t-il important que bébé porte un bonnet?

En plus de faire joli, le port du bonnet chez les bébés a plusieurs propriétés non-négligeables.

En premier lieu, un bébé naissant n'a pas encore la faculté de réguler sa propre température. L'hypothalamus, la glande responsable de la régulation thermique du corps, n'entrera pas en fonction avant plusieurs mois. Ensuite, contrairement aux pieds et aux mains qui deviennent froids en cas de baisse de température, la circulation sanguine de la tête n'est jamais ralentie (heureusement), et donc entraîne une perte de chaleur. Chez l'adulte, même si la tête ne représente que 8% de la surface corporelle,  30 à 40% de la chaleur corporelle s'y perds. Chez le nourrisson, la tête représente environ 20% de sa surface corporelle. Faites le calcul. Un simple petit bonnet permet de garder sa tête au chaud et éviter des trop grandes baisses de température. Même lorsqu'il fait 25°C, un bébé habitué à une température ambiante de 37°C risque une perte de chaleur. La température critique (température en dessous de laquelle un individu n'arrive plus à maintenir sa température corporelle et risque l'hypothermie) est de 1°C chez l'adulte, mais de 23°C chez le nouveau-né. Laisser un bébé nu à 23˚C équivaut à demander à un adulte de se déshabiller à 1˚C! Donc dans un environnement ou un adulte est bien par rapport à la température, un bébé peut prendre froid. C'est pourquoi il est important de garder les bébés chapeautés, même lorsque la température ambiante est très confortable pour un adulte. Règle générale, si le temps est assez frais pour qu'un adulte soit confortable en manches longues, bébé a besoin d'un bonnet.

Dans le cas contraire, lorsqu'il fait chaud, ou soleil, le port d'un bonnet léger, idéalement à grand bord, protège la peau fragile du bébé des coups de soleils, et protège ses yeux de la lumière du soleil.

Pourtant, le port du chapeau de bébé ne se limite pas à des considérations thermiques. Entre autres, le port d'un chapeau, aussi léger ou fin soit-t-il, offre une protection supplémentaire aux fontanelles.

D'un point de vue énergétique, le fait de mettre un bonnet aux bébés a un effet bénéfique important. Le corps humain est constitué de sept centres énergétiques majeurs, qui permettent la circulation de l'énergie vitale dans le corps. Chez l'adulte, en principe,  les centres ont tous la même proportion. Chez le nourrisson, les centre énergétiques situé au dessus de la tête et à la hauteur du périnée sont complètement ouverts, comparativement aux autres centres encore immatures. Cela rend le nourrisson très sensible à son environnement, aux humeurs, aux ambiances, à l'atmosphère qui gravite autour de lui, et à ce que dégagent les autres personnes dans son environnement. Le port du bonnet permet de préserver l'enfant dans son intimité, dans sa propre bulle et le rend moins vulnérable à son entourage. Autrement dit, lui couvrir la tête est une forme de protection qui le préserve face au monde extérieur et lui permet de conserver plus de calme et de quiétude.

Il paraît aussi que le sommet de la tête est la zone du corps par laquelle nous sommes le plus capables d’établir une connexion avec les énergies de notre corps. Il s’agit d’une zone très petite sur notre tête. Placer quelque chose sur la tête est aussi, dans beaucoup de cultures, quelque chose de très sacré. Dans n’importe quelle tradition, si quelque chose est très sacré, on le place généralement sur la tête. Dans la religion Hindoue, par exemple,  la tête est considérée comme la partie la plus sacrée du corps, ainsi que comme lien avec le divin, et toucher la tête de quelqu'un sans sa permission est une offense grave.

Règle générale, il est conseillé qu'un bébé ait la tête couverte en tout temps, à l'intérieur comme à l'extérieur, ou sinon le plus souvent possible, pour sa première année de vie.


Ensuite, comment choisir un bon bonnet de bébé? Il y a tout plein de modèles disponibles, tous plus mignons les uns que les autres. La chose la plus importante est le matériau, la matière avec laquelle le bonnet est fait. Il est recommandé de favoriser les fibres naturelles qui respirent comme la laine, le coton, la soie, le lin ou le bambou. Les matières synthétiques comme le polyester et le nylon sont à éviter car elles ne respirent pas et sont beaucoup moins confortables à porter. La soie en particulier est un matériau vraiment intéressant, car ce tissu a la propriété d'être chaud lorsque le temps est frais, mais de rafraîchir lorsqu'il fait chaud. Idéal lorsque la température nous joue des petits tours! Lorsqu'il fait gros soleil, un chapeau à large bord qui protège les yeux est préférable, mais sinon un petit béguin en coton, soie ou bambou fait très bien l'affaire.

Et en dernier lieu, c'est tellement mignon un bébé avec un joli chapeau, pourquoi s'en passer? 

Petite note: tous les chapeaux illustrés dans ce billet ont été confectionnés par moi-même. Si par hasard vous  seriez intéressé à vous en procurer un, vous pouvez me contacter ou bien visiter ma boutique Etsy.  Je peux aussi prendre des commandes. Le modèle en bleu est le seul que je ne peut pas vendre car le parton a un copyright. Celui sur la photo était un cadeau. La seule photo que je n'ai pas prise moi même est celle avec le petit béguin tout blanc. Il vient du blog Aveline visite le monde.

Sources:

May 9, 2012

Accoucher naturellement de jumeaux et de triplés... pourquoi pas?

De nos jours, il y a de plus en plus de naissances multiples, c'est-à dire des naissances impliquant plus d'un bébé, entre autres à cause des différents traitements de fertilité existants. De plus, grâce aux avancées technologiques, il est possible de savoir dès le début de la grossesse s'il s'agit d'une grossesse multiple ou non. Une fois le choc de la nouvelle passé, une tonne de questions et de doutes apparaissent sur le déroulement de la grossesse et de l'accouchement, et sur l'organisation familliale afin d'accueillir deux ou trois nouveaux bébés dans la famille. L'un des éléments qui change dès l'annonce de la grossesse multiple, est que celle-ci est maintenant qualifiée de ''grossesse à risque'' et devra donc être suivie de plus près. Enfin, le fait d'attendre deux ou trois bébés change considérablement les choses par rapport à l'accouchement comme tel, et la majorité des grossesse multiples vont finir en césarienne programmée.

Il y en a trois!!!


Est-ce vraiment si dangereux que ça d'accoucher naturellement de jumeaux et de triplés? Quels sont les risques réels? Dans quelles conditions un accouchement naturel est-t-il possible, et dans quelles conditions est-t-il mieux d'opter pour une césarienne? Je tenterai de répondre à ces questions dans le texte qui suit. Veuillez noter que je ne parlerai que des jumeaux et triplés, et pas des grossesses où les foetus sont encore plus nombreux (quadruplés, quintuplés, etc.).

Maintenant, quels sont les risques réels d'un accouchement avec deux ou trois bébés impliqués? Premièrement, le risque d'hémorrhagie postpartum est plus grand. Lors d'un accouchement normal, l'utérus est supposé se contracter après la naissance du bébé pour stopper les saignements. Lors d'une naissance multiple, il est possible que l'utérus réponde moins bien et ait plus de troubles à se contracter. Le risque d'accoucher prématurément est aussi beaucoup plus grand que lorsqu'il y a un seul bébé. Si les bébés sont trop petits et que l'accouchement prématuré est inévitable, le médecin considérera peut-être qu'une naissance par la voie basse pourrait être trop éprouvante pour les bébés et prescrire une césarienne d'urgence. Ensuite, comme il y a plus de bébés, l'accouchement risque d'être plus long, et il y a le risque que le deuxième et/ou, s'il y a lieu, le troisième bébé entre en détresse foetale et nécessite une césarienne d'urgence. Parfois aussi, dans le cas d'un accouchement naturel le dernier bébé à sortir peut nécessiter que le médecin vienne le chercher manuellement en insérant sa main dans l'utérus pour le tirer s'il n'est pas bien positionné, ce qui peut être extrêmement désagréable et douloureux pour la mère.
Photo de Anne Geddes

Conditions favorisant un accouchement naturel de jumeaux et de triplés:
-Une naissance à terme, ou très près du terme
-Le premier bébé à sortir doit avoir la tête en bas. Il faut tout de même noter qu'une ouverture se fait graduellement par rapport aux naissances par le siège, et l'accouchement naturel est possible même si le premier bébé est en siège. Le problème est par rapport aux protocoles médicaux qui ne permetteront (pour la plupart) pas la naissance par le siège. Il est tout de même peut-être possible de trouver des médecins qui seraient prêts à tenter l'expérience.  Voici comme exemple le témoignage d'un accouchement à la maison de jumeaux en siège (en anglais).
-Le poids du ou des bébé(s) suivant(s) doit être inférieur, égal ou très près de celui du premier
-Pas de détresse foetale chez aucun des bébés
-Pas de césarienne chez la mère dans les 18-24 mois précédents
-Grossesse sans histoire
-Et, evidemment, toutes les contre-indications à un accouchement naturel d'une grossesse simple s'appliquent ici aussi (procidence de cordon, placenta praevia, etc.)

Différentes possibilités de présentation de jumeaux. Dans ces deux cas, la tête du premier est en bas, donc un accouchement naturel serait possible.

Il est donc évident qu'une grossesse multiple et l'accouchement de plus d'un bébé est plus risqué. Mais une naissance par césarienne n'est pas sans risques. Elle prive la mère et ses bébés du cocktail d'hormones de la naissance, si importants au tissage du lien d'attachement, et augemente les risques de problèmes avec l'allaitement. Les bébés ont plus de risques d'avoir des problèmes respiratoires, et ne bénéficieront pas du premier contact peau-à-peau avec leur mère dès leur naissance. La naissance par césarienne est beaucoup plus traumatique pour les bébés et pour la mère, et il se passera souvent plusieurs heures avant que la mère puisse voir ses petits. Il ne faut pas oublier que la césarienne est une chirurgie abdominale majeure, que les risques d'infections et de problèmes pour la mère sont plus grands, et que la période de récupération est beaucoup plus longue et plus difficile que pour un accouchement naturel. Imaginez devoir vous remettre d'une chirurgie abdominale majeure, tout en devant vous occuper de deux ou trois nourrissons. Pour plus d'infos sur la césarienne et ses risques, peu importe le type de grossesse,  je vous conseille fortement de lire le livre Césariennes, questions, effets, enjeux: Alerte face à la banalisation de Michel Odent.


Ensuite, il faut aussi mettre les facteurs de risques de côté et aussi calculer dans la balance les avantages et les bénéfices d'un accouchement naturel. Ceux-ci sont innombrables, et mon métier lui-même est dédié à l'encouragement et à la promotion de l'accouchement naturel. Je ne vais donc pas procéder à une liste exhaustive de tous les bénéfices de ce type d'accouchement, mais en voici tout de même quelques-uns. Premièrement, les hormones sécrétés par la mère durant le travail permettent entre autres aux bébés de préparer leurs poumons à respirer, et la compression du passage de la naissance fait sortir les fluides des poumons et permet d'éviter les troubles respiratoires. Ceci s'avère encore plus bénéfique lorsque les bébés naissent quelques semaines avant terme et ont besoin de tous les coups de pouce possibles pour mieux s'adapter à la vie aérienne alors qu'ils ne sont pas tout à fait prêts. Le premier contact avec la mère est fait plus en douceur, et la mère peut avoir son pic d'ocytocine et prendre le temps de faire la connaissance avec chacun de ses bébés, dès leur sortie, et de faire du peau-à-peau avec eux. L'allaitement est aussi favorisé par toutes les hormones de la naissance, par le peau-à-peau immédiat et par l'absence de séparation de la mère et de ses bébés. L'état général des bébés est aussi généralement bien meilleur lorsqu'ils sont nés naturellement et ils se remettent plus rapidement de leur naissance. Il est aussi vrai que lorsque les bébés sont plus nombreux, ils sont généralement plus petits, et sortiront donc plus facilement. Finalement, la récupération pour la mère est  beaucoup plus facile lorsqu'elle a eu un accouchement naturel que lorsqu'elle a eu une césarienne.
Les avantages d'un accouchement naturel sont innombrables, et lorsque aucune condition dangereuse rend la césarienne obligatiore, il est reccomandé d'opter pour la voie naturelle.

Lorsqu'il s'agit d'un accouchement naturel de jumeaux ou triplés, le travail sera surveillé de beaucoup plus près. le monitoring sera plus long et plus fréquent, et si l'accouchement se passe en milieu hospitalier, la poussée aura probablement lieu dans une salle d'opération au cas ou une césarienne d'urgence soit nécessaire. Au Québec, les naissances multiples doivent obligatoirement avoir lieu à l'hôpital, car les sages-femmes ne peuvent pas faire ce genre de suivi puisqu'il est considéré ''à risque''.

Il est aussi possible d'avoir une naissance lotus avec des jumeaux . Je ne sais pas si l'expérience a déjà été tentée avec des triplés, mais je suppose que c'est possible, juste un peu plus compliqué. Voici un exemple de jumeaux lotus partageant un seul placenta (en anglais, avec photo).

En lisant les informations sur internet sur les naissances multiples, les informations sur l'accouchement naturel peuvent faire peur, avec tous leurs risques, mais en y réfléchissant bien, c'est juste que les risques sont proportionnels au nombre de bébés. Avec un médecin ou/et une sage-femme bien formé(e) et alerte aux signes de problèmes, il est très possible d'accoucher naturellement de jumeaux, et même de triplés de façon sécuritaire. Il faut juste plus de préparation, plus de courage,  la conviction que c'est le meilleur choix et que c'est possible, et la confiance absolue en sa capacité d'accoucher (ça, c'est bon peu importe le type de naissance). Avoir recours aux services d'une Doula peut aussi être bénéfique.

Voici maintenant la traduction d'une étude faite en France intitulée La délivrance de grossesses de triplés sans complications: La route vaginale est-elle la plus sécuritaire? (cliquez sur le lien pour l'article original en anglais)

Source: Maternité Port Royal, Paris, France
Objectif: Évaluer la sécurité des naissances vaginales de triplés
Étude: Une étude rétrospective de 69 cas consécutifs de grossesses triples accouchées dans la même institution entre 1981 et 1992. L'accouchement vaginal a été tenté dans 23 grossesses sans complications, qui forment le groupe d'étude. Il ont été comparés avec 23 grossesses triples s'étant terminées en césariennes de routine, et ont été pairés pour que l'âge gestationnel des bébés soit pris en compte. La durée du séjour maternel, la mortalité néonatale, l'hospitalisation en unité néonatale de soins intensifs, et les scores Apgar de 5 minutes ont été comparés.


Résultats: Dans le groupe des naissances vaginales, il y a eu une mort néonatale pour cause de prématurité (32 semaines) après une césarienne durant le travail pour manque de progrès. Par contre, la mortalité néonatale n'était pas augmentée en comparaison avec les contrôles (1 de 60 contre 0). Dans le groupe d'étude, les scores Apgar était plus élevés de façon significative (9.5 vs 8.4) et le séjour en unité néonatale était beaucoup plus court (6 vs 18 jours) que le groupe de césariennes (p < or = 0.002).


Conclusion: Dans des cas choisis avec soin, l'accouchement vaginal de triplés peut être sécuritaire.

Photo de Anne Geddes

J'espère que ce billet aura aidé à éclaircir un peu la situation des grossesses doubles et triples et les possibilités que celles-ci finissent en accouchement naturel. Dans mon cas, mes recherches m'ont rassurée sur la sécurité d'entreprendre un accouchement naturel lorsqu'il y a plus d'un bébé. Une grande partie des naissances de jumeaux, et la majorité des naissances de triplés se terminenet en césariennes, et parfois lorsque ça devient la norme,  on oublie que l'alternative naturelle est tout de même possible.

Quelques liens et témoignages intéressants:

Témoignage d'un accouchement naturel de triplés (en anglais)

Accouchement à la maison de triplés  (photo)

Témoignage d'un accouchement à la maison de jumeaux (en anglais)

Témoignage d'un accouchement à la maison de jumeaux à 41+ semaines (en anglais)

Témoignage d'un accouchement naturel de jumeaux, à l'hôpital (en anglais)

Quelques études par rapport aux naissances de triplés:

Delivery of uncomplicated triplet pregnancies: is the vaginal route safer? A case-control study

Obstetrical management of triplets: a series of forty-five cases

Maternal and neonatal outcomes in 54 triplet pregnancies managed in an Australian tertiary centre

Fetomaternal outcome in triplet pregnancy.

Je vous laisse sur ce montage vidéo de jumeaux et triplés nés naturellement




À la prochaine!

Sources et références intéressantes:
Ina May's Guide to Childbirth, Ina May Gaskin
Spiritual Midwifery, Ina may Gaskin
Césariennes, questions, effets, enjeux: Alerte face à la banalisation, Michel Odent
http://www.jeffersonhospital.org/diseases-conditions/multiple-pregnancy.aspx?disease=1fe1ca6e-0af9-4574-a15e-32202805bef1
http://www.bebesaupluriel.com/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1
http://pregnancy.lovetoknow.com/wiki/Triplet_Birth
http://pregnancy.lovetoknow.com/wiki/Triplet_Pregnancy
http://pregnancy.lovetoknow.com/wiki/Multiple_Births

google pour les images




Le délai d'expulsion du placenta et le risque d'hémorragie associé

Un point que j'avais oublié dans ma recherche sur le placenta, mais qui n'est pas moins important et d'actualité est le délai normal entre la naissance du bébé et la délivrance du placenta et les risque d'hémorragie par rapport au délai d'expulsion. Une lectrice m'a posé la question récemment et je compte bien bonifier ma  recherche d'un petit chapitre. J'en profite donc pour faire un petit billet à ce sujet.

Bien que la majorité des femmes vont expulser leur placenta en moins de trente minutes, un délai plus long n'est pas nécessairement aussi dangereux qu'on le croit. Pourtant, en milieu hospitalier, si un placenta met plus de trente minutes à sortir, ça ne sera pas très long avant que le personnel médical sorte le pitocin et commence à penser à la révision utérine et à l'extraction manuelle du placenta. Dans son livre intitulé Spiritual Midwifery, la sage-femme Ina May Gaskin parle d'un délai d'une heure avant de commencer à se poser des questions. Elle insiste aussi sur le respect du processus physiologique normal, et qu'il ne faut pas presser les choses si tout semble aller bien. J'ai même déjà entendu le récit d'accouchement d'une femme qui a gardé son placenta pendant 15 heures sans complications. C'est vraiment très difficile d'évaluer les risques d'hémorrhagie dues au placenta, parce que les manipulations des intervenants et le fait d'essayer de presser ou de forcer le processus sont souvent la cause de ces hémorragies.


Les deux méchanismes naturels du décollement et de l'expulsion du placenta.


Une autre chose qui est importante,  c'est de s'assurer que le cordon ait bien fini de pulser avant de le couper, et/ou avant de commmencer à penser au placenta. Si le cordon a cessé de pulser, le placenta s'est vidé de son sang et il y a donc moins de risques de saignements. Le fait que le placenta soit vidé donne aussi un signal aux capillaires qui font le lien entre la circulation maternelle et la circulation placentaire de se fermer, ce qui peut éviter les hémorragies.

De plus, il y a plusieures façon d'encourager la sortie du placenta si celui-ci ne sort pas assez rapidement avant d'aller le chercher manuellement, cette manoeuvre étant vraiment le dernier recours (c'est très, très douloureux, et souvent déclenche une hémorragie si c'est fait trop tôt). Déjà, lorsque le premier contact entre la mère et l'enfant n'est pas dérangé, la mère va sécréter une très forte dose d'ocytocine, qui est généralement suffisant pour générer des contractions qui feront sortir le placenta. Ensuite, le peau-à-peau, en plus de ses nombreux avantages, fait encore sécréter de l'ocytocine à la mère et aide à l'expulsion du placenta. De plus, faire grimper le bébé jusqu'au sein ou doucement masser l'utérus aide aussi au décollement en douceur du placenta, et le fait d'allaiter stimule les seins, et fait encore sécréter plus d'ocytocine. Si le temps passe, que ces trois choses ont été faites et que le placenta ne sort toujours pas, on peut faire bouger la femme un peu, lui demander de s'accroupir et de pousser doucement. Peut-être que le placenta est descendu mais qu'il est seulement resté coincé à la hauteur du vagin. S'il n'y a toujours pas de placenta, il est possible d'injecter du pitocin, ou syntocinon, sorte d'ocytocine artificielle qui causera des contractions. Il ne faut surtout pas essayer de tirer sur le cordon, car celui-ci pourrait se rompre et les conséquences peuvent être graves.

Il faut aussi se rappeler que la délivrance du placenta n'est pas une suite de la naissance, mais elle en fait partie. Les hormones responsables de la sortie du placenta sont les mêmes que pour la sortie du bébé. Il serait donc idéal et bénéfique de continuer à respecter les besoins de la femme qui accouche et un environnement calme et aimant pour aider la femme à terminer son accouchement en beauté et en douceur, et non dans le stress de faire sortir son placenta le plus vite possible. De plus,  le respect de ce calme et de cet environnement aimant est aussi sans aucun doute très bénéfique aux premiers moments entre la mère et son bébé.

L'extraction manuelle du placenta et la révision utérine sont vraiment considérés comme du dernier recours.  Cette manoeuvre est non seulement extrêmement douloureuse et désagréable, mais elle risque de déclencher une hémorragie. Cette manoeuvre ne devrait être faite que si 1- Toutes les autres façons d'encourager la sortie du placenta ont échoué 2- Plusieures heures se sont écoulées, il y a des signes que quelque chose ne va pas comme ça devrait et la mère commence à s'inquiéter et à ne pas se sentir à l'aise.
 Je crois en l'instinct maternel et en l'intuition féminine. Si la mère sent que ça va bien, il n'y a aucune raison de presser les choses. Si elle commence à se poser des questions et à s'inquiéter, c'est qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche.

Extraction manuelle du placenta


Dans le cas d'un bébé lotus, je ne crois pas que ça change quelque chose par rapport à la révision utérine que le bébé soit attaché au placenta ou non, tant que le cordon ait cessé de pulser.

Une autre raison qui peut causer la rétention du placenta serait une malformation de ce dernier. Dans le cas échéant, il faut faire preuve d'une extrême délicatesse, car c'est ceux là qui sont les plus dangereux.

Je crois sincèrement que beaucoup d'hémorragies post-partum auraient pu être évitées par moins de manipulations médicales. Les inductions et les trop grandes administrations de médicaments durant l'accouchement peuvent aussi causer une rétention du placenta et augmenter le risque d'hémorragies post-partum.

Dans le cas de saigments le fait de manger un petit bout de placenta cru (généralement un bout de cotyledon), enrobé de miel (pour le goût) fait cesser les saignements de façon immédiate et contracte l'utérus. Un petit truc un peu bizarre mais qui peut s'avérer bien pratique!

Finalement, pour terminer, je vous laisse sur ces quelques chiffres qui expriment bien l'importance de respecter le processus naturel de la délivrance du placenta. Dans le contexte hospitalier, environ neuf à dix pourcent des femmes saignent abondemment après la naissance de leur bébé ou l'expulsion du placenta. Dans le centre de sages-femmes de Ina May Gaskin, aux États-Unis, le pourcentage d'hémorrhagies post-partum est de moins de deux pourcent.

Cela dit, je tiens toujours à préciser que je ne suis pas sage-femme ni médecin. Les informations dans cet articles ont été recueillis et assemblées à partir de livres et articles écrits par des experts (voir références). Il y a une grande variété de scénarios, qui peuvent se produire, et qui nécessitent des actions rapides, afin d'éviter le pire.

À la prochaine!

Quelques références intéressantes:

Ina May's Guide to Childbirth, Ina May Gaskin
Spiritual Midwifery, Ina May Gaskin
Placenta, the Forgotten Chakra, Robin Lim
http://www.homebirth.org.uk/thirdstage.htm
http://www.uvp5.univ-paris5.fr/campus-gyneco-obst/cycle3/mto/poly/19000fra.asp
http://www.bellybelly.com.au/birth/natural-approach-to-labour
http://www-ulpmed.u-strasbg.fr/medecine/cours_en_ligne/e_cours/obstetrique/hemorragie_delivrance.pdf
http://www.babycentre.co.uk/pregnancy/labourandbirth/labour/managedthirdstageexpert/

May 1, 2012

Faire la paix avec sa naissance


J'ai visionné cette semaine le film What Babies Want (Ce que les bébés veulent). À mon avis, tous devraient voir ce film. Celui-ci parle de la conscience des bébés. J'ai vu ce film en compagnie de ma mère et de ma soeur, qui ont toutes deux beaucoup apprécié. Le film explore le concept par lequel un bébé est conscient de ce qui l'entoure dès la période de gestation, et comment tous les événements qui lui arrivent peuvent avoir un impact positif ou négatif sur sa vie future. Jusqu'à assez récemment on croyait que les bébés ne ressentaient rien, et n'avaient pas vraiment conscience de leur existence et de leurs émotions jusqu'à l'âge de deux ou trois ans environ, parce que notre mémoire consciente ne s'en souvient pas. Or, les événements négatifs comme une grossesse non désirée ou vécue difficilement, une naissance traumatique, un manque de contact avec la mère à la naissance, etc.,  ont un impact sur la vie future de l'enfant. Certains comportements à l'âge adulte peuvent être compris en examinant les conditions de la grossesse et de la naissance. Par exemple, dans ce film, un homme d'âge mûr raconte comment sa mère a failli lui donner naissance sur le bord d'une route, mais que dans la panique, son père à repoussé sa tête déja sortie à l'intérieur de sa mère, et a emmenée cette dernière dans un bâtiment proche pour la faire accoucher. Cet homme a vécu des patterns d'abandon et de rejet tout au long de sa vie, s'est senti comme si on ne voulait pas de lui, comme s'il était de trop. Il y a beaucoup, beaucoup de cas semblables où une situation à la naissance crée un pattern qui se répète ensuite tout au long de la vie, ou du moins jusqu'à ce que la mémoire soit ravivée et nettoyée. La bonne nouvelle, c'est qu'il est possible, dès le plus jeune âge, d'aller régler ces traumatismes pour éviter les effets négatifs sur la vie future de l'enfant. Même une fois à l'âge adulte, il n'est jamais trop tard pour aller régler ses mémoires de naissance.

Ce film propose une approche pour réparer ou contrer les séquelles. On voit entre autres une jeune maman parler à son très jeune bébé fille pour lui expliquer que les circonstances de sa naissance étaient hors de son contrôle, pour s'excuser de ne pas lui avoir donné naissance de la façon qu'elle aurait aimé. Elle lui raconte ce qui s'est réellement passé et pourquoi ça s'est passé comme ça, qu'elle l'avait  désirée et qu'elle était très heureuse de l'avoir à ses côtés, et qu'elle voulait qu'elle fasse la paix avec sa naissance et qu'elle n'en traîne pas de séquelles psychologiques et émotionnelles. Ce passage du film a beaucoup touché ma mère. Vous voyez, j'ai moi-même eu une naissance très difficile: 36 heures de travail actif, j'avais le bras allongé et le poing dans les airs pour rendre ça encore plus compliqué, et ma mère a eu une déchirure au quatrième degré. Elle a mit six mois à se remettre de son accouchement tellement ça a été éprouvant.

Ma mère a saisi l'importance de nous réconcilier toutes deux avec cet accouchement et les empreintes laissées par cette expérience douloureuse. Elle a compris que même si sa grossesse avait été facile, même j'étais une enfant désirée et  accueillie par des parents aimants, le déroulement et l'issue  de l'accouchement avait probablement laissé des séquelles sur moi. Je suis arrivée  dans ce monde en conquérante, vigoureuse et le poing levé, mais en la fracassant au passage.  Cet incident avait sans doute contribué à modeler mon attitude à l'égard d'autrui et à créer des doutes dans ma capacité à entrer adéquatement en relation avec les autres. 

 Elle a donc décidé de me parler comme la jeune maman l'a fait avec son bébé dans le film, de créer un moment de réconciliation. Elle m'a dit que si ma naissance a été si difficile, si elle a tant souffert, ce n'était pas de ma faute. En tant que nouveau-né, je me suis peut-être sentie très mal d'avoir autant fait souffrir ma mère, de l'avoir mise si mal en point.

Étonnamment, en grandissant, j'ai toujours eu cette retenue, cette peur de trop me rapprocher des autres, de peur de les blesser, cette peur de trop prendre ma place pour ne pas causer de problèmes. J'ai surtout toujours eu la crainte de contrarier ma mère, et si par mégarde elle devait être fâchée, triste ou dérangée à cause de moi, ça me mettait dans tous mes états. Ces paroles, et ce ''pardon'', si on peut user de l'expression, sont venues me chercher au plus profond de moi. En l'espace de quelques minutes, j'étais en larmes, comme si un fardeau avait disparu. Elle m'a ensuite prise par les épaules et m'a regardée droit dans les yeux en disant: «Tu sais, ce premier contact visuel et physique immédiatement après la naissance si important entre une mère et son nouveau-né, nous ne l'avons pas eu. J'étais si épuisée par mon accouchement qu'ils t'ont emmenée immédiatement ».  Deuxième vague de larmes, suivie d'un long câlin. À bien y réfléchir, j'ai toujours eu beaucoup de difficulté à soutenir un regard... peut-être qu'il y a un lien? En tout cas, qu'il y ait un lien ou pas, cette courte conversation entre ma mère et moi a été extrêmement bénéfique pour nous deux. C'était comme me libérer d'un fardeau dont je n'avait même  pas réalisé l'existence. Ça m'a aussi fait comprendre l'importance de faire la paix avec sa naissance, et qu'il n'est jamais trop tôt, ou trop tard pour le faire.


Merci Maman!


À la prochaine!